Célébrer Navaratri

Qu’est-ce que Navaratri ?

En sanscrit, nava veut dire 9 et ratri : nuit (comme on a Shivaratri qui est la nuit de Shiva) et donc suivant la tradition, pendant ces 10 jours consacrés à la Mère Divine, nous célébrerons un rituel pour La vénérer et Lui demander Sa grâce et Ses bénédictions. En sanscrit, riti veut dire « revenir à la source ». Par le biais du rituel, nous acquérons donc la capacité de revenir à notre origine divine, de retrouver le Divin en nous.

Swamiji encourage généralement les aspirants spirituels à faire régulièrement une puja, ou à y assister, s’ils aiment cela, car durant ce rituel, le mental et le corps sont complètement absorbés dans la vénération du Divin. C’est un moyen pour apprendre à contrôler le mental, et il purifie également celui-ci. En même temps, nous absorbons beaucoup d’énergie spirituelle et nous bénéficions de la connexion physique et mentale avec la Divinité.

Qui est la Mère Divine?

bhuvaneshwariDieu ou l’Energie Divine est appelé « Mère » par ceux qui La connaissent, parce qu’ils ressentent et voient comment Dieu prend soin de nous d’une manière si parfaite et essaie constamment de nous faire réaliser notre véritable nature divine, que nous avons oubliée.

Si l’on considère l’Etre Suprême (le Brahman) qui est transcendant, infini, éternel et au-delà de la connaissance des sens et du mental, on peut dire que ce qu’on appelle la Mère Divine est l’aspect dynamique de cet Etre Suprême, elle est le pouvoir conscient de Dieu, Sa force manifestée, Son aspect créatif.

« Elle est la forme apparente du principe ultime, le Brahman.
Elle est éternelle, sans commencement ni fin.
Elle est l’énergie inhérente à l’Etre Universel.
Elle est la totalité de la conscience,
l’origine de l’intelligence et de la sagesse.
Elle représente l’origine de tout ce qui est, la racine de toute chose.
Elle est la totalité de l’Univers.
L’univers manifesté est Son corps.
La forme de l’espace est Sa forme. » 
Les Vedas (anciennes écritures sacrées) – à propos de la Mère Divine.

La relation qu’il y a entre la Mère Divine et l’Etre Suprême est donc celle qui existe entre le manifesté et le non manifesté. Ils sont inséparables. L’un n’existe pas sans l’autre. C’est comme le feu et la chaleur du feu. On pourrait faire une autre comparaison facile à comprendre. Si on a une batterie, ce qu’on voit, ce qui est apparent et manifesté, c’est une boîte. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est la puissance de l’électricité qui est à l’intérieur de la batterie car elle n’est pas manifestée. A ce moment, l’électricité n’est pas dynamique, elle est statique. Quand on voit ainsi cette batterie, on ne peut pas imaginer la force extraordinaire qu’elle contient. Mais dès qu’on établit les connexions qu’il faut, cette force statique devient dynamique. On peut ainsi avoir de la lumière dans une lampe, du froid dans le frigo, de la chaleur pour nous chauffer, faire tourner un moteur, faire du bruit et des sons, etc. Ainsi, cette force statique devient dynamique et se manifeste sous divers aspects perceptibles par nos sens.

Les formes de la Mère Divine – que représentent-elles ?

Selon la culture traditionnelle hindoue, la Mère Divine est Une, mais Elle Se présente à nous sous des aspects différents qui ont reçu différents noms. Afin d’expliquer aux gens l’essence de la Mère Divine, les anciens rishis ont appris à l’humanité à La vénérer en tant que manifestations de la création, la préservation et la destruction. Les noms correspondant à ces trois fonctions sont Sarasvati, Lakshmi et Durga. Ce sont ces trois aspects que l’on va retrouver dans nos journées de Navaratri. Trois journées sont dédiées à Durga, trois autres à Lakshmi et les trois suivantes à Sarasvati. L’ordre utilisé pour vénérer ces trois aspects principaux de la Mère a une signification très profonde que nous verrons au fur et à mesure.

Durga

Pendant les trois premiers jours, nous allons vénérer la Mère Divine sous Son aspect de Durga, la Shakti de Shiva. Si on regarde Sa représentation, on peut se dire à première vue qu’on vénère une divinité effrayante, dont les attributs sont des armes menaçantes. Il faut bien en comprendre le sens profond, le symbolisme.

durga

En général, on représente Durga montée sur un lion. Le lion, le roi des animaux, peut aussi représenter l’avidité pour trouver de la nourriture et par extension l’avidité pour la recherche de toutes sortes de biens et de plaisirs matériels. Pour atteindre le Divin, on doit complètement contrôler nos instincts animaux.

Si on regarde Kali, qui est un aspect de Durga d’apparence très sanguinaire, on peut voir que, dans une de ses mains gauches, Elle tient une tête coupée saignant abondamment. Le sang qui s’écoule de cette tête symbolise l’aspect rajasique (la passion) de l’être humain. La tête qui saigne veut montrer ici que la passion, symbolisée par le sang, doit quitter le mode de fonctionnement de nos pensées. Les pensées sont localisées dans la tête et ne parle-t-on pas d’un « flot de pensées » ? En Inde, on dit qu’il faut remplacer l’aspect rajasique par l’aspect satvique. On considère aussi que la tête est le lieu de jnana, la connaissance. Le symbole de la tête qui saigne suggère un état de parfaite connaissance, libre des attachements et des passions, lorsqu’on s’est libéré de la force négative du lien de l’ego.

Donc, Durga détruit, mais pour sauver, pour construire. Sans pitié pour notre ego, Elle détruit toutes nos imperfections. Elle détruit l’ignorance pour instaurer la connaissance, l’obscurité pour restaurer la lumière. Pour développer de bonnes qualités, il faut d’abord éliminer les défauts. Il faut une base stable pour construire quelque chose. Si nous prions Durga, Son énergie divine va intervenir pratiquement dans notre vie pour nous aider à faire exactement cela. Parce que trancher l’ego est un douloureux processus d’abandon de tant de vieux schémas et attachements, Durga et particulièrement Kali sont représentées par des images qui pourraient être prises erronément pour celles de destructrices cruelles. Au contraire, tout ce que fait la Mère Divine vient d’un amour pur et divin pour tous Ses enfants, car Elle veut qu’ils reviennent à Elle, leur source originelle, et qu’ils redécouvrent leur véritable nature bienheureuse.

Donc durant ces trois premiers jours, on va implorer la Mère pour qu’Elle nous aide à détruire tous nos défauts et tendances négatives. Le dernier de nos 10 jours marquera la victoire de Durga sur le démon Mahiasura, autrement dit, le triomphe des forces positives sur les forces négatives, le triomphe de la lumière sur l’obscurité.

Navaratri représente d’un point de vue général, la victoire des forces divines et supérieures sur les caractéristiques négatives et basses, qui trouvent leur expression dans l’injustice, l’oppression, la vanité, l’envie, l’égoïsme, l’orgueil et d’autres forces négatives qui ajoutent à la souffrance humaine. D’un point de vue plus individuel, Navaratri représente la victoire de l’aspirant spirituel sur l’ego.

Cette philosophie, de cesser d’être dans une forme et de se développer dans une autre, est à la base de la conception de la Mère en tant que Durga ou Kali. C’est la nécessité de transcender ce qui est bas qui nous permet d’atteindre ce qui est élevé. Ce n’est donc pas seulement une destruction, mais aussi une transcendance.

Pour arriver à supprimer tous ces traits indésirables, il faut en premier lieu faire une analyse qui permette de se rendre compte quels sont ces aspects négatifs en nous. Il faut faire de l’introspection. Si nous ne savons pas précisément quels sont nos défauts, comment nous est-il possible de les éliminer ?

Si, après avoir pris conscience de nos défauts, nous ne faisons rien, les défauts restent là. Nous devons avoir une ferme détermination et une volonté sans faille pour détruire nos caractéristiques egotiques. Si nous n’avons pas arraché complètement tous nos défauts, ils referont surface à la moindre perturbation.

La Mère sous son aspect de Durga va nous aider dans cette première étape.

Lakshmi

Après Durga, qui nous a aidés à nous purifier, Lakshmi va nous apporter Son aide dans l’étape suivante qui est d’acquérir des qualités morales et spirituelles. Lakshmi est la Shakti de Vishnu. Dans la trinité Brahma, Vishnu et Shiva, Vishnu est l’énergie qui maintient et préserve le monde. Pour pouvoir entretenir, il faut posséder des biens. Donc Lakshmi, qui manifeste le pouvoir de Vishnu, a la charge d’entretenir et de nourrir la terre. Elle est donc aussi considérée comme la déesse de l’opulence, de la fortune, de la santé et de la beauté.

lakshmi

Quand on observe Lakshmi, on voit qu’avec une main elle répand généreusement des pièces d’or, tandis que d’une autre, elle accorde Sa grâce. Dans ses deux autres mains, Elle tient des fleurs de lotus. Le lotus immaculé qui s’élève au-dessus des eaux boueuses et stagnantes est associé à la notion de pureté.

De nos jours, les gens attachent de plus en plus d’importance aux biens matériels et vénèrent souvent Lakshmi dans le but de devenir riches dans ce sens-là. Chez nous, ne dit-on pas souvent de quelqu’un qu’il a bien réussi parce qu’il gagne bien sa vie, possède une grande maison, une résidence secondaire, une grosse voiture, beaucoup d’argent, etc. ? Cependant, les richesses que Lakshmi distribue ne doivent pas être comprises uniquement dans le sens matériel. En fait, Lakshmi nous enseigne que la seule véritable richesse à acquérir est la richesse intérieure. Elle va permettre au chercheur spirituel d’acquérir toutes les richesses morales et spirituelles nécessaires afin de parvenir à la connaissance, c’est-à-dire la volonté, la force morale et intellectuelle. C’est pour cela que Lakshmi est vénérée après Durga, mais avant Sarasvati…

Sarasvati

Après avoir consacré 3 jours à Durga et 3 jours à Lakshmi, nous arrivons au 7ème jour, à partir duquel nous allons commencer les 3 journées dédiées à Sarasvati. Littéralement, Sarasvati signifie « Celle qui donne l’essence de notre propre Soi ».

sarasvati

Sarasvati est la Shakti de Brahma, le créateur. Elle est donc considérée comme la Mère de la création toute entière. Elle représente le pouvoir et l’intelligence, la connaissance et la sagesse, sans lesquelles toute création organisée est impossible. Elle est l’origine de toute chose (comme nous l’avons vu dans la notion du processus d’involution) mais elle est aussi la conclusion, le but à atteindre si l’on considère le processus d’évolution.

Etant à l’origine de toute chose, elle représente aussi la créativité : les sciences, les arts (peinture, musique, littérature), les métiers et tout ce qui est étude. Elle est donc aussi la divinité de prédilection des écoliers et des étudiants. Dans beaucoup d’écoles en Inde, on commence les cours par une prière collective à Sarasvati.

La connaissance est le contraire de l’ignorance et de l’obscurité. C’est pourquoi Sarasvati porte souvent un vêtement blanc, qui indique aussi que l’exercice de son pouvoir est totalement pur. On la décrit comme possédant une grâce et une beauté extraordinaires. Elle est représentée assise sur une fleur blanche de lotus.

Il est écrit dans les Vedas qu’à l’origine, la première manifestation du Brahman fut une vibration qui s’est exprimée sous la forme du son

originel ou Pranava, le son OM (Il ne faut pas confondre Brahman, l’Absolu, le Non Manifesté, avec Brahma, le Dieu créateur). On retrouve cette même idée dans le prologue de l’Evangile de Saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu… ». C’est pourquoi on voit Sarasvati jouer de la vina, l’instrument qui produit le son pur originel. Toute la création n’est rien d’autre que la forme manifestée de cette musique provenant de la vina de Sarasvati.

Dans une de ses mains gauches, elle tient un livre qui représente la somme de toutes les connaissances. Elle tient dans une de Ses mains droites un mala (rosaire) qui symbolise toutes les sciences spirituelles ou les yogas et la sadhana, dont les tapas (austérités), la méditation et le japa (répétition des noms divins). Elle nous indique ainsi que la simple connaissance intellectuelle ne suffit pas. Le développement des qualités de cœur (l’ouverture du chakra du cœur) est primordial. En tenant dans sa main droite le mala et dans la gauche le livre, elle nous indique que les sciences spirituelles sont plus importantes que les sciences profanes.

On voit à ses côtés un paon au plumage magnifique, qui représente le monde matériel dans toute sa gloire. Ce paon symbolise donc aussi l’ignorance, car tous les attraits du monde nous éloignent de la véritable connaissance.

De l’autre côté, on voit un cygne blanc, qui symbolise la sagesse et le discernement, et donc la Connaissance, car c’est par leur intermédiaire que l’on pourra atteindre la véritable connaissance.


D’abord Durga, puis Lakshmi, ensuite Sarasvati – Pourquoi les vénérons-nous dans cet ordre ?

Lorsque le pouvoir transcendant non manifesté est devenu manifesté, que l’Un est devenu multiple et est apparu sous diverses formes au moment de la création, il s’est produit un processus d’involution : partant du plus subtil, par ce processus d’involution on arrive dans des plans de plus en plus grossiers et, pour finir, à de la matière inerte.

Quand ce processus commence, c’est Sarasvati, la Shakti de Brahma, le créateur, qui intervient. Ensuite, lorsque la création a eu lieu, apparaît la fonction de préservation et d’entretien (avec Lakshmi, la Shakti de Vishnu). Ensuite, comme toute vie est périssable, intervient la destruction avec Durga, la Shakti de Shiva. C’est tout le processus de descendence dans la matière.

Si l’on considère l’ordre suivi dans les pujas de Navaratri : Durga, Lakshmi et en dernier lieu, Sarasvati, on voit que l’on suit le processus dans l’ordre inverse. C’est un processus d’évolution de l’homme qui retourne donc à la source et va atteindre la divinité.

Comme on l’a vu avec le commencement symbolique du chemin spirituel lors des trois premières journées dédiées à Durga, ce chemin passe obligatoirement par une destruction des tendances qui nous rattachent le plus à la matière. C’est là que Durga intervient pour opérer cette destruction. Ensuite, Lakshmi donnera à l’aspirant les qualités nécessaires pour bien avancer dans sa voie spirituelle.

Alors que dans le processus d’involution, Lakshmi accorde des biens matériels, dans le processus d’évolution, de retour vers le Divin, elle va nous aider à acquérir et à développer les qualités morales et spirituelles qui vont remplacer nos défauts, éliminés précédemment par Durga. Elle nous aide à acquérir vigilance, discipline, contrôle de soi, fermeté d’esprit, persévérance et détermination.

9ème Jour : Bénédiction des Outils

Le 9ème jour, la veille de la victoire, se fait traditionnellement la bénédiction des outils. Au départ, c’était la bénédiction des armes, mais les armes, que l’on peut appeler les outils des guerriers, sont devenues par extension tous les outils utilisés par les humains dans l’accomplissement de leurs fonctions. Le potier vénère son tour, le charpentier son marteau, le charretier sa charrette, etc. Les artistes font bénir leurs instruments de musique, leurs pinceaux, etc. Les étudiants font bénir leurs livres d’étude.

Ces armes que l’on vénère sont en fait les pouvoirs divins de l’homme. Comme dans la parabole des talents dans l’Evangile, cela veut dire que chacun de nous a reçu du Divin certains dons et qu’il est responsable de les utiliser au mieux et de les faire fructifier.

10ème Jour : La Victoire de la Lumière

vijaya-dasamiLe 10ème jour marque la victoire de Durga sur le démon Mahisasura. La mythologie raconte que ce démon, après avoir accompli de grandes austérités, avait reçu des dieux le don de triompher de tous ses ennemis et de ne pouvoir être vaincu que par une femme. Il attaqua alors le monde des êtres divins (les devas), fut vainqueur et usurpa leur pouvoir. Les dieux se réunirent pour voir comment vaincre ce démon. Ils émirent ensemble une très puissante énergie qui produisit une grande lumière, et qui se condensa ensuite dans le corps d’une très belle femme, la Déesse Durga. Chacun des dieux Lui fournit alors une arme et c’est ainsi que l’on peut voir les huit bras de la Déesse brandir les armes reçues des dieux : le trident de Shiva, le disque de Krishna, l’arc et les flèches de Vayu, etc. La Déesse est donc représentée ici comme réunissant tous les pouvoirs des dieux rassemblés, et prête à vaincre le démon.

Le démon Mahisasura représente les caractéristiques egotiques de l’humanité : l’ignorance, l’égoïsme obstiné et la force brutale qui ne supporte aucune opposition à ses objectifs égoïstes. Il a même triomphé des dieux, mais il a été vaincu par leurs pouvoirs combinés, c’est-à-dire par Durga. Ces défauts peuvent être vaincus par l’aspirant spirituel uniquement si toutes ses forces, toute son énergie, toute sa volonté sont réunies pour combattre ses tendances négatives. Alors, le Divin interviendra en sa faveur et le soutiendra car, comme dit le proverbe : « aide-toi, le Ciel t’aidera ».

Comment mettre tout cela en pratique ?

Chacun doit faire sa propre expérience de Navaratri. Swamiji dit, “Mère est dans votre cœur”. Si nous employons ce moment pour ouvrir notre cœur et notre esprit, pour nous concentrer sur la Mère Divine et Lui adresser nos prières, pour nous relier à la source divine qui est dans notre propre cœur, nous recevrons certainement la grâce et les bénédictions de Dieu.

“Nous donnons des noms pour décrire Dieu. Certains L’appellent Dieu, Lakshmi, Muruga… mais nous ne pouvons pas voir cette grande énergie, le Divin. Vous faites l’abishekam, vous lavez la statue de la Mère Divine à l’Ashram. Vous donnez un nom à la statue et vous la mettez à une place particulière. Mais vous ne faites pas l’abishekam à la divine shakti – seulement à la statue. Où se trouve la shakti divine ? Cette shakti est à l’intérieur de vous. Vous faites la puja à la shakti extérieure, mais vous devez parvenir au stade où vous faites la puja pour la shakti, l’énergie divine, qui est en vous.

Vous faites la puja extérieure, Maintenant, vous devez faire la puja intérieure. La première partie est la puja extérieure La deuxième partie est la puja intérieure”

Swami Premananda

Sri Premananda Ashram © 2019. All Rights Reserved